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Guinée Conakry: Faut il préférer le bonheur à la vérité?

Publié le 13 Juin,
par Collectif "Infos qui dérange"
Creative Commons

« Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?» C’est le sujet de philo pour les bacheliers français, en section écononomie, de cette année. Au même moment, dans un silence assourdissant de la presse nationale française, les épreuves en Guinée Conakry, était annulées ou se déroulaient sous surveillance policière.

La Guinée Conakry pose problème. C’est un pays riche, très riche en ressource minière (de diamants, d’or, de bauxite, de fer et d’uranium) mais le colonialisme économique et la corruption du pouvoir en place depuis 22 ans a plongé le pays dans un crise économique, sociale et politique grave, comme de nombreux pays africains, sous tutelle occidentale. Les colons du FMI, ont imposé « à partir du 1er mars 2005, un système de taux de change flottant qui a provoqué une dépréciation du franc guinéen, ce dernier ayant perdu 38 pour cent de sa valeur par par rapport au dollar 1 » Les vautours ont les dents longue en Guinée.

En novembre 2005, des affrontements avaient opposés des étudiants aux forces de l’ordre pendant la grève générale de 48 heures décrétée par la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), le plus ancien syndicat du pays. Les revendications exigeaient « la multiplication des salaires et des pensions par quatre, l’instauration d’un salaire minimum interprofessionnel garanti et d’un tribunal administratif pour les travailleurs de la fonction publique, et une réduction du coût des transports publics2 » Selon certains témoignages, des étudiants en colère avaient saccagé des véhicules et plusieurs jeunes manifestants avaient été interpellés par la police dans les rues de Conakry. Des heurts avaient eut lieu également à Madina entre les commerçants du centre commercial aux forces de l’ordre.

En décembre 2005, les élections municipales maintient le pouvoir en place dans les différentes villes approchant 100% des scrutins, tout de suite contestées par les membres de l’opposition, d’importantes manifestations sont déclenchées, des opposant arrêtés sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux, pratique courante du régime en place. En janvier, l’opposition annonce son retrait de l’assemblée pour protester contre « un brigandage éléctoral 3 . » Finalement en mars, un grève générale de 5 jours est décrétée par les centrales syndicales, en réitérant l’ensembles des revendications. Lors d’un convoi du « président » Lansana Conté de jeunes grévistes jetent des pierres sur les véhicules en circulation. En ripostant, les gardes du corps du « président » tue un passant. La tension monte à Conakry.

Sur « recommandation » du Fonds monétaire international (FMI), une hausse du prix du carburant est décrétée en mai, pour supprimer les subventions à l’essence, ce qui a entraîné une hausse vertigineuse des prix qui pèse lourdement sur les maigres revenus des ménages guinéens. Mais la Confédération nationale des travailleurs guinéens (CNTG) et l’Union syndicale des travailleurs guinéens (USTG) posent de nouvelles revendications et exigent une réduction du prix de l’essence et des denrées alimentaires de base telles que le riz.

Le 29 mai, un remaniement du gouvernement change la donne politique, après que l’un des dauphin du FMI, , le premier ministre réformiste Cellou Dalein Diallo, ait été limogé deux mois auparavant. Il est remplacé par un de ses plus anciens et fidèles collaborateurs, Fodé Bangoura, qui rappelle plusieurs anciens ministres. En réalité, les rumeurs court dans le pays, le président est malade, et la bataille pour le pouvoir dans ce pays convoité par les grandes puissances, fait rage.

Depuis 6 jours, les centrales syndicales ont décrété une grève générale illimitée. Les transports, les quelques services publics et surtout les entreprises minières se sont arrêtés de travailler, paralysant le pays. De même, les épreuves de Baccalauréat, et les examens devaient se dérouler dès hier, mais à Lambadji «ce sont les militaires qui ont commencé la pagaille, ils ont commencé à tirer au moment où on distribuait les brouillons. Donc, on a vidé les salles ! 4». A Conakry, à 9h, élèves et étudiants se rassemblent à l’esplanade du Stade du 28 septembre. Ils scandent ou brandissent des pancartes « sur lesquelles on pouvait lire « A bas le président fatigué ! » ou encore « On veut le changement ! ».Ailleurs les épreuves ont bel et bien lieu mais sous surveillance policière. La horde d’étudiants voulant marcher vers le palais présidentiel est stoppée à Camayenne par les forces de l’ordre. Conakry va vivre une journée d'insurecction.

Des coups de feu retentissent dans les quartiers de Matam, Hamdallaye et Bambeto. Entre le Dispensaire de Ratoma et le marché de Taouyah, des feus sont allumés sur trois débris de véhicules. À Hamdallaye, le grand carrefour rappelle, toutes proportions gardées, la guérilla palestinienne. Des jets de cailloux réponde à des coups de fusils. Au niveau du pont de Madina de l'autoroute, on assiste à des scènes similaires à celles de Hamdallaye. Juste à côté d'une station service située entre le marché Madina et l’Université GANC, des pneus et des déchets brûlent. il y a des scènes de pillage à Sangoyah, où les élèves, camarades des deux victimes, s’en prennent à certains symboles de l’Etat, aux restaurants, bars et aux magasins de riz. L’agence locale d’EDG (Compagnie Nationale d’Electricité) est détruite et les magasins de riz de El Hadj Guelguedji Barry, grand importateur, subissent des dommages importants. Même sort pour la Station Total de Matoto et la maison du jeune frère du chef de l’Etat, Harouna Conté sise en face de la mosquée Fofana à Matoto. La gendarmerie d’Enta tente, sous des coups de feu nourris, de faire revenir l’ordre. Les élèves dressent des barricades de fortune et brûlent tout sur leur chemin de retour. Les forces de l’ordre, déboussolés par l’envergure des événements, tantôt désertent les rues, tantôt font des tirs de sommations, pour disperser la foule. Même scènes de désordre à Kipé, haute banlieue de Conakry… 5

Une dizaine de personnes ont trouvés la mort (dans les quartiers de Conakry : un à Kipé, 2 à Cosa, entre 2 et 6 à Enta, dans les régions : 1 à Kindia, 3 à Labé) et plusieurs dizaines sont blessés. Mais le nombre des victimes pourrait être beaucoup plus lourd« Selon des informations concordantes, ce sont plus d’une soixantaine de personnes qui ont payé de leurs vies sur l’ensemble du territoire national transformé en champ de tueries où les Guinéens sont assassinés comme des mouches par des militaires drogués et en état d’ivresse. 6»

Selon Mr. Ben Daouda Touré « Tous devraient quitter la Guinée le 17 Juin , pour accompagner le chef d’état, vers une destination inconnue «pour des soins médicaux » , c’est le voyage sans retour que Fodé Bangoura, le Président par défaut offre à l’USURPATEUR LASSANA CONTE »

Il est difficile de savoir quelles vont être les conséquences de cette insurrection populaire, mêlée à des règlements de comptes, des assassinats sauvages des bérets rouges, des manipulations politiques, des assassinats ethniques (notamment contre les Peulhs et les Malinkés). Ce qui est sur c'est que durant ce temps, et sous le silence bienveillant de la presse occidentale, les militaires en costards du FMI, eux bien à l’abri, dans quelques grandes places financières, attendent patiemment que le peuple de Guinée reprenne le travail, histoire de pouvoir continuer la néo-colonisation et le pillage des ressources. Alors, jeunes lycéens français « Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?»

1 http://www.grioo.com/newsinfo,guinee,130.html
2 www.grioo.com/newsinfo,guinee,138.html
3 www.grioo.com/newsinfo,guinee,136.html
4 Interrogé par Guinéenews©,
5 Compilation raisonné : http://www.grioo.com
6 www.africatime.com/guinee/index.asp

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