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Interview avec l’avocat Mülayim Hüseyin sur la situation du camp de réfugiés Katzhütte en Thuringe

23rd juin, 2008 par Stephan M.

(Radio F.R.E.I., 10 juin 2008)

Depuis des mois, les habitants d’un camp de réfugiés pour demandeurs d’asile en Thuringe protestent contre les conditions inadmissibles de leur hébergement. Les protestations ne s’arrêtent pas. Le jeudi 5 juin, environ 200 personnes ont manifesté pour la fermeture de l’ancienne colonie de vacances du FDGB[1] et pour un hébergement humain. Les manifestants n’étaient pas seulement venus de Thuringe, mais aussi d’autres régions. L’un d’eux était l’avocat Mülayim Hüseyin qui défend 23 des habitants du camp. Radio F.R.E.I. a parlé avec lui sur ses impressions du lieu.

M.H. : Nous étions venus de Hambourg avec un groupe de 12 personnes pour visiter le camp des hébergements en commun. Avant tout je dois dire que c’est un paysage merveilleux et une belle région, un lieu rêvé pour faire des vacances. Quand nous avions remarqué que des gens sont logés dans ces baraques construites il y a 40 ans parfois pendant des années, nous étions quand même choqués. Personne ne se verrait vivre dans un lieu de vacances, beau, mais loin de tout, pendant 8 ans.

FREI : Les habitants vous ont-ils parlé de leur quotidien ?

M.H. : Les gens y sont totalement isolés. Les hébergements en commun sont des maisonnettes encastrées dans une pente, situés dans la localité de Katzhütte. Mais il n’y a pas de contact à la population locale. Nous avons demandé expressément aux habitants, s’il y a des contacts possibles. Un réfugié nous a raconté qu’il a voulu faire du sport dans un gymnase à côté d’un petit magasin, il voulait s’y inscrire, mais on le lui a refusé. La direction du camp est intervenue pour l’aider, mais en vain.

FREI : Vous intervenez pour 23 personnes du camp. Ça a pris du temps, mais depuis quelques mois il y a des protestations. Après cela, deux des porte-parole des réfugiés ont été obligés de partir dans d’autres hébergements. Est-ce que cela a intimidé les habitants ? Comment est l’ambiance ?

M.H. : Certains ont été intimidés, d’autres pas. Il était frappant que la police ait déjà été sur les lieux bien avant notre montée vers le camp en haut. Des policiers ont surgi des broussailles et nous ont observés. Quand nous étions arrivés au camp, il y avait une voiture de police et des policiers sur la place. Les habitants n’ont pas osé sortir. On n’a vu que des visiteurs de l’extérieur, donc des participants de cette délégation, et il y avait deux réfugiés qui ont osé sortir de la maison, et nous avons pu nous parler. Mais d’autres réfugiés ont participé l’après-midi à une manifestation dans Saalfeld. Ils marchaient dans l’anonymat dans le groupe. Les intimidations de la police ne sont pas restées sans effet.

FREI : Beaucoup de réfugiés ont probablement fait des mauvaises expériences avec la police et des services de surveillance dans leur pays, il faut en tenir compte. Comme je l’ai déjà dit, vous représentez une partie des habitants. Quelles sont leurs revendications, et quelle a été la réaction à cela ?

M.H. : La revendication la plus importante est la fermeture du camp de Katzhütte. Il n’est pas tolérable qu’une famille arménienne y vit depuis 8 ans. Il faut voir que ces gens fuient la guerre, la destruction dans leurs pays et atterrissent de première vue, certes, dans un bel endroit, mais ils sont totalement isolés et sont en détention d’isolation.[2] C’est pourquoi le camp doit être fermé. Ni les réfugiés qui y vivent actuellement, ni ceux qui devraient être transférés ici ne doivent être hébergés à Katzhütte. Une autre revendication concerne l’obligation de résidence, qui dit qu’un réfugié n’a pas le droit de s’éloigner plus de 30 km de son camp. Cette obligation doit être abolie. Elle a été introduite jadis par les nazis. Ensuite, il y a la demande que les prestations sociales ne soient plus données en tant que bons d’achat mais en liquide, pour que les gens puissent faire des courses comme ils l’entendent. La dernière revendication est un droit de séjour avec l’autorisation de travailler pour pouvoir s’entretenir de façon autonome.

Source : Radio F.R.E.I., interview du 10 juin 2008, podcast
Transcription/traduction : Stephan M.
Droits : Creative Commons
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[1] Freier Deutscher GewerkschaftsBund - ancienne confédération de 15 syndicats de l”ex-RDA
[2] Chaque sortie de camps doit être autorisé et ne l”est qu”au cas par cas.

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